
n vif incident a opposé jeudi au Sénat le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon à Brice Hortefeux, ministre délégué aux Collectivités territoriales, à propos des accusations d'enquête des Renseignements généraux sur l'équipe de la candidate socialiste Ségolène Royal.
Lors de la séance des questions au gouvernement, M. Mélenchon a interpellé le gouvernement sur cette affaire, s'adressant au Premier ministre Dominique de Villepin, présent au Sénat : "Nous voulons une campagne propre et nous vous demandons de nous en répondre".
C'est M. Hortefeux qui a pris la parole pour répondre, dénonçant une "ficelle un peu grosse". "Quand on n'a rien à dire, quand tout va mal, quand tout s'emmêle, quand on accumule les erreurs, les imprécision et les gaffes, alors là, on crie au complot".
"S'il y a une enquête à mener, croyez-moi, ce n'est pas sur l'entourage d'une candidate ou la candidate elle-même. Tout est dans la presse, et notamment grâce à vous personnellement M. Mélenchon, qui alimentez beaucoup la presse sur ce qui se passe chez vous", a lancé le bras droit de M. Sarkozy.
M. Mélenchon et ses collègues socialistes se sont alors levés dans un tollé. Le sénateur s'est précipité vers le ministre sur le banc du gouvernement, criant qu'il "ne laisserait pas passer ça" et obligeant un huissier à s'interposer.
Tandis que des bancs de la majorité fusaient des "Mélenchon au piquet", la séance a repris son cours quelques minutes après, M. Mélenchon ayant regagné son siège.
Dans un rappel au règlement, Bernard Frimat, au nom du groupe PS, a protesté "contre une mise en cause personnelle", déclarant "attendre du gouvernement des excuses".
"Ici c'est le parlement, on n'est pas dans un meeting, un parlementaire pose une question, le devoir constitutionnel d'un ministre c'est de répondre, ce n'est pas de l'insulter, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne la République", s'est indigné M. Mélenchon, interrogé par l'AFP.
"Il y a là un mélange des genres, M. Hortefeux a cessé d'être un ministre qui répond pour le ministre de l'Intérieur, pour devenir autre chose, un agent de propagande du candidat de l'UMP et avec des arguments bas", a-t-il ajouté, demandant lui aussi des "excuses" du ministre.
"Ce gouvernement aujourd'hui perd les pédales", a déclaré pour sa part le président du groupe PS au Sénat, Jean-Pierre Bel.
"La brutalité avec laquelle a répondu le ministre Hortefeux, par ailleurs de l'entourage très étroit de Nicolas Sarkozy, va plutôt dans le sens de ceux qui s'interrogent pour savoir s'il s'agit là d'une véritable affaire d'Etat", a-t-il ajouté.
Ce genre d'incident est rarissime au Sénat, connu pour l'ambiance feutrée de ses débats.