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e chambre correctionnelle de Paris jugeait, jeudi 10 mai, quatre discothèques parisiennes, poursuivies par le ministère public pour discrimination.
Dans la nuit du 9 au 10 juillet 2005, Alioune Cissé se présente, avec Belaïd Djaoud, à la porte du Queen, où est organisée une soirée gay. "Tout le monde rentrait normalement. Quand on s'est présenté, le physionomiste s'est mis devant nous en disant 'ça sera pas possible'", a expliqué le jeune Noir. Un quart d'heure plus tard, Cyril Blet et un autre jeune homme blanc rentrent sans problème : "On ne nous a rien demandé, on nous a juste fait signe de passer", a raconté le jeune homme à l'audience.
Alioune, Belaïd et Cyril n'étaient pas là par hasard. Cette nuit-là, des dizaines de discothèques de toute la France ont fait l'objet d'un "testing" : la méthode, reconnue comme preuve par la justice depuis 2002, consiste à présenter à l'entrée des établissements de nuit des jeunes d'origine maghrébine ou africaine puis d'autres d'origine européenne, habillés de la même manière, afin de prouver une éventuelle sélection sur des critères raciaux.
Le même soir, dans le quartier des Champs-Elysées, l'association SOS-Racisme – organisatrice de cette "nuit du testing" – constate, au Man Ray, au Milliardaire et au Club 79 que les personnes de couleur sont refoulées alors que les Blancs rentrent. Le tout sous le contrôle d'huissiers.
"NOUS AVONS DES CLIENTS DE TOUTES LES COULEURS"
Les physionomistes et portiers poursuivis n'ont pas gardé mémoire de cette soirée, mais tous contestent la moindre consigne de discrimination. La seule sélection autorisée est celle qui exclut les personnes "sous l'emprise d'alcool" ou "mal habillées".
Christophe Neny, directeur du Club 79, conteste la technique même du testing : "Celui qui vient tester cherche quelque chose, il attend qu'on lui refuse l'entrée." D'où, selon M. Neny, une attitude plus provocatrice, voire agressive, du testeur, qui justifierait alors la réaction du physionomiste. Le Club 79 rejette toute accusation de discrimination : "Nous avons des employés de toutes les nationalités, des clients de toutes les couleurs, explique M. Neny. A l'audience, nous avons apporté deux cents témoignages de gens de couleur qui rentrent sans problème chez nous."
"Nous sommes extrêmement rigoureux sur la méthode : tous les testeurs ont le même comportement", répond SOS-Racisme, qui explique n'avoir "aucun intérêt à 'faire du chiffre'". Samuel Thomas, vice-président de l'association, qui s'est portée partie civile, a insisté sur les "milliers de signalements de victimes de discrimination" à l'entrée des discothèques chaque année. Il a remercié le parquet de Paris d'avoir, pour la première fois, décidé de poursuivre des établissements parisiens. Le jugement a été mis en délibéré.