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juju s'enerve , ouuuu on a eu peur2

Par sidibou :: 18/05/2007 à 2:56 :: presdentielles 2007

Julien Dray

Jean-Michel Aphatie 17/05/2007   10h21
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- Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Julien Dray.

Julien Dray : Bonjour.

- "17 ans et demi, ma vie a été courte. Je n'ai aucun regret. Je vais mourir avec Tintin, Michel, je vous quitte tous, toutes, toi Maman, Serge, Papa. Je vous embrasse de tout mon coeur d'enfant. Courage. Votre Guy qui vous aime". Ces mots sont les derniers de la lettre qu'a écrite Guy Moquet, jeune résistant communiste avant d'être fusillé le 22 octobre 1941 à Chateaubriand par les Nazis. Et hier, Nicolas Sarkozy, Président de la République, a décidé que cette lettre serait lue désormais en début d'année à tous les lycéens de France. Approuvez-vous cette décision, Julien Dray ?

C'est une Lettre très émouvante, qui prend aux tripes évidemment. Et donc, oui si on la lit aux lycéens de France pour leur rappeler le pays auquel ils appartiennent, les combats qui ont été les combats de la jeunesse, y'a pas de critiques à apporter ?

- Cette décision ne vide-t-elle pas, Julien Dray, le procès d'anti-républicanisme que vous avez fait à Nicolas Sarkozy durant la campagne électorale ?

Je vais dire : évoquer la Résistance c'est le combat de la Résistance. Evoquer ses figures symboliques qui ont été, notamment tous ces jeunes qui ont donné leur vie pour la liberté, ne clôt pas le débat politique qui a lieu entre nous, d'avoir sur le modèle de société.

- Mais quand même la personnalité de Nicolas Sarkozy que vous avez mise en cause, ce procès n'apparaît-il pas là déplacé ?

Non. Ecoutez. Vous savez, moi je connais bien Nicolas Sarkozy. Nous avons le même âge et nous avons été élus député en même temps, et nous nous sommes souvent affrontés. Il a fait une très belle trajectoire politique. Alors, je sais à peu près comment ça fonctionne ? Ca fonctionne de la manière suivante. Vous avez déjà vu un Feu d'artifice.

- Ah oui, ça m'est arrivé.

Dans un feu d'artifice, il y a ce qu'on appelle le bouquet final, à la fin. Ca flambe de partout. Alors, Nicolas Sarkozy, il a inventé une technique qui est très simple : le bouquet final, c'est au début. En général, d'ailleurs, y'a toujours un sondage après qui dit que le bouquet final est très beau. Derrière, en général, ça ne suit pas.

Alors, je l'ai vu dans l'exercice de ses fonctions et c'est pas, je veux dire, faire insolence que de dire que dans le cadre de sa fonction de ministre de l'Intérieur au début, ça a flambé de tous les côtés. D'ailleurs, certains disaient : Oh la belle bleue ! Oh la belle rouge ! parce que ça bougeait de tous les côtés.

Derrière, la réalité a été beaucoup plus dure, notamment pour des élus de banlieue comme moi qui voient ce qui se passe exactement dans les quartiers et qui voient malheureusement une jeunesse partir à la dérive. Donc, je sais que dans ces premières semaines et dans ces premiers mois, on va avoir droit au bouquet final avec une multiplication de sondages qui vont dire : que tout change, que tout bouge. Voilà. Il ne faut pas être pavlovien.

- Mais le danger est toujours là, d'après vous ?

Oui, le danger est toujours... Non. Attendez ! Moi, j'ai jamais participé... J'ai pas...

- ..."Un homme dangereux", on a entendu çà. On n'a pas rêvé, Julien Dray !

Pour que les choses soient claires, ce n'est pas moi qui ai écrit ce pamphlet stérile et inutile fait par M.Eric Besson qui est aujourd'hui le conseiller de Nicolas Sarkozy.

- C'est le Parti socialiste qui l'a édité ce pamphlet-là, non ?

Oui, oui, non mais je pense que c'était une erreur. Voilà. Si vous voulez... Je pense que c'était une erreur, et je pense que nous étions un certain nombre à ne pas trouver ça bien et qu'on aurait dû, à l'époque au Bureau national, le dire...

- Mais vous ne l'avez pas dit ?

Non, parce que...

- Pourquoi ?

Pourquoi ? Parce qu'on était dans le mouvement, qu'on a laissé faire. Ca arrive de temps en temps. Mais, franchement, on est dans le passé. Voilà. D'ailleurs, Ségolène Royal l'a dit. La première altercation qu'elle a eue avec Eric Besson, c'est en lui disant que le jugement n'était pas le bon, voilà.

Donc, je pense, moi (vous m'avez invité à plusieurs reprises) - vous m'avez entendu, vos auditeurs le savent. Je ne suis pas celui qui fait des procès en sorcellerie à Nicolas Sarkozy. Je l'ai dit d'ailleurs à l'époque quand il était devenu ministre de l'Intérieur. Je suis pour une opposition frontale, comme dirait un de nos dirigeants politiques, mais pour une opposition constructive. C'est-à-dire on jugera sur les actes, pas simplement sur les feux d'artifice.

- Alors, lors de son discours d'investiture, hier, à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a déclaré ceci : "Au service de la France, il n'y a pas de camp. A tous ceux qui veulent servir la France, je dis du fond de mon coeur que je suis prêt à travailler avec eux". Discours d'ouverture ?

Alors, écoutez, je vais vous dire une chose. Il y a l'état d'esprit du Président de la République actuel qui veut discuter, dialoguer et c'est normal : c'est le rôle d'ailleurs du Président de la République. C'est la définition même de sa fonction.

Maintenant, je pense - si vous voulez - qu'il faut faire attention aux méthodes. Et moi, je ne suis pas d'accord pour le débauchage individuel. Je pense que quand il y a une campagne électorale, quand on a des idées, on les défend. Et si on veut respecter la politique et respecter nos concitoyens, il ne faut pas leur donner le sentiment qu'à la fin de la campagne électorale, l'échange des arguments n'avait aucune valeur, n'avait aucun sens, que tout était pareil et qu'on peut se retrouver après et se taper sur le ventre en disant : on a fait une bonne campagne, et maintenant, on se retrouve ensemble au gouvernement. Je suis pour que chacun se respecte.

S'il doit y avoir ouverture, on la verra à l'Assemblée nationale. On la verra dans la discussion des projets de loi, on la verra dans les projets qui sont faits, on la verra dans la prise en considération par le Président de la République des oppositions à ces projets et la manière dont il sera en capacité, alors, d'écouter.

Le débauchage n'est pas une bonne chose, parce que c'est un mauvais service qu'on rend à la république et à la politique parce qu'on donne le sentiment, après, à nos concitoyens que finalement dans les campagnes électorales, on peut dire tout et n'importe quoi puisqu'après, c'est tous pareils. Et moi je ne suis pas d'accord pour que ça soit tous pareils.

Donc, je crois que... Vous savez, il y a une chose qu'a dit tout au long de la campagne, le Président de la République, c'est qu'il croyait aux convictions, il croyait aux idées, qu'il fallait réhabiliter le débat politique. Et la manière de réhabiliter le débat politique, c'est effectivement de considérer qu'on peut ne pas être d'accord et qu'on doit pouvoir dialoguer sans faire ce débauchage individuel parce que vous savez, comme moi : il y a toujours quelques faiblesses dans la nature humaine, et ça n'est pas bien de jouer sur ces faiblesses de la nature humaine...

- Bernard Kouchner, c'est de la faiblesse s'il rejoint le ministère des Affaires étrangères, demain ?

Il y a un ami à moi qui m'a évoqué, hier soir, ce proverbe chinois : "Quand l'élève est prêt, le maître arrive".

- Et alors ?

Eh bien, je pense qu'il y a un certain nombre de personnalités de Gauche, mais qui sont d'abord et avant tout, des personnalités avec tout le respect que je leur dois...

- On parle de Bernard Kouchner, là ?

De Bernard Kouchner comme d'autres. Quelques noms sont évoqués qui vont participer... qui ont, parfois, besoin d'être toujours près du soleil. Alors, c'est vrai que c'est dur d'être dans l'opposition.

- C'est de la faiblesse humaine ?

Je pense que ça fait partie de la faiblesse humaine, parce que c'est vrai que c'est dur d'être dans l'opposition. C'est vrai que c'est dur, parfois, d'être battu sur ses idées, sur son identité. C'est vrai qu'il faut accepter cela. C'est vrai que le temps peut être long dans l'opposition ; mais je pense que... Je crois que quand on croit à ses valeurs, quand on croit à son identité, on doit accepter aussi cela.

- Ségolène Royal avait dit qu'elle ferait une fête de remerciements pour ses électeurs à La Courneuve dans quelques jours. Et puis, on a appris par une indiscrétion de la presse que cette fête pourrait être annulée. Est-ce que c'est vrai ?

Je vais vous faire une confidence. On a un problème de sous. Voilà. Parce que ces choses-là coûtent de l'argent, que nous avons été au bout de nos comptes de campagne et que nous avons une élection législative. Donc, il y aura un certain nombre de rassemblements et donc un rassemblement à Paris que nous sommes en train de préparer, peut-être pas sous la forme de ce grand rassemblement festif qu'on voulait au départ parce que ça coûte de l'argent.

Mais je voudrais dire, si vous me permettez, que la bataille politique des Législatives commence et je sais que dans ce moment actuel, il y a beaucoup d'électrices et d'électeurs de Gauche qui peuvent être tentés par une sorte de fatalisme et de résignation. Ils n'ont pas à avoir honte de ce qu'ils ont fait et de ce qu'ils ont voté. Ils ont à être fiers de leur engagement politique et je leur dis : ne baissez pas les bras. Et puis si, ce matin, ils se sont levés tôt comme nous, venez nous rejoindre, venez nous aider, la Gauche a besoin de vous.

- Donc, la fête est annulée ?

On fera un rassemblement qui prendra une forme certainement festive mais qui sera un peu moins grandiose que ce qu'on espérait à cause des sous. Mais on ne sait jamais, vous savez ! Je pense que dans les semaines à venir, il y a beaucoup de gens de Gauche qui sont prêts aujourd'hui aussi à dire qu'ils sont là, que la Gauche est là et qu'elle fera son travail.

- D'un mot, Julien Dray, porterez-vous plainte contre le livre des deux journalistes du "Monde", "La femme fatale" ?

Je vous ai dit qu'il y aurait des suites judiciaires, il va y en avoir parce que je considère que...

- Vous porterez plainte ?

Oui, je suis en train de travailler à çà. Pas moi, mes avocats sont en train de travailler à cela. Je considère que le journalisme doit savoir aussi respecter un certain nombre de formes. Et ça me permet de faire une allusion à ce qui est en train de se passer aussi. Je ne suis pas d'accord avec le fait qu'il y ait autant de collusions entre les responsables politiques et entre un camp politique et un certain nombre de journalistes. Et quand je vois les embauches qui sont faites et qui sont annoncées ces dernières minutes, ces derniers jours plus exactement, je suis inquiet.

- Julien Dray, inquiet, invité de RTL. Bonne journée.

Merci.

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